Les Etablissements Wilford SA

Comme je l’ai mentionné dans mon précédent article, l’après-guerre a vu florir des usines de fabrication de jeeps. Hotchkiss en France ou NEKAF aux Pays-Bas en sont deux bons exemples. La Belgique n’y échappe pas grâce à 2 Sociétés qui construisirent des jeeps 100% belges, avec leurs spécificités. J’aborderai dans cet article la première d’entre-elles, liée à la famille Wilford et dont je suis un descendant.

En 1896, les « Ateliers de Constructions Mécaniques Charles Wilford et Fils » voient le jour à Tamise (Temse).

C’est l’une des premières entreprises belges à construire des automobiles. Charles Wilford, le cousin de mon arrière-grand-père Ernest Wilford, en est le fondateur. Les ateliers de Tamise seront gérés par ses 3 fils, Paul, Maurice et Auguste.  

Charles Wilford, le fondateur.

La famille Wilford est férue des nouvelles technologies de l’époque: mécanique automobile, aviation,… La première voiture Wilford fut présentée et conduite par Paul Wilford en 1897. Il s’agissait d’une 4 places motorisée par un mono-cylindre. En plus des nombreuses voitures, Paul construira notamment un avion biplan en 1909 et sera donc un des pionniers de l’aviation belge.

Paul Wilford au volant d’une 4 places Wilford.
Un autre modèle Wilford en 1899.

Les Wilford sont très actifs dans l’avènement de l’automobile en Belgique. C’est ainsi que Paul participe aux premières courses de vitesse. La famille paiera d’ailleurs un lourd tribu à cette passion: En 1911, John Wilford, le cousin de Paul, périt dans un accident lors d’une course de côte à la citadelle de Namur et fut l’une des premières victimes du sport automobile en Belgique.

Schaerbeek, monument aux victimes du sport automobile, sur lequel figure le nom de J. Wilford.

A partir de 1919, des contacts sont entrepris entre la firme Wilford et la Willys-Overland qui venait d’être introduite sur le marché belge par les soins de l’Import Company d’Anvers.

En 1928, la firme Wilford reprend la représentation générale de Willys-Overland. Cet événement fut fêté par une participation active aux courses de l’époque. Retenons notamment une troisième place aux 24 heures de Francorchamps, un record de vitesse à Malchamps (111 km/h) et un record de Belgique établi à Oostmalle à la vitesse de 169 km/h. Le petit frère de Paul, Gustave, participe aux courses de l’époque, comme les 24h de Francorchamps en 1924 et 1925 sur des véhicules Overland.

Gustave Wilford, Le frère de Paul, grand fan de sport automobile, au volant d’une voiture de course Overland avant-guerre, probablement à Francorchamps en 1924 ou 1925. Détail sur le marquage Overland…

En 1936, la société inaugure une ligne d’assemblage des véhicules de la marque Willys-Overland, mais la guerre viendra stopper cette collaboration.

A la fin du conflit, l’Europe doit se reconstruire. L’économie est à plat et les besoins en matériels sont énormes. Les Etats-Unis décident de soutenir cette relance en exportant leur savoir et en prêtant leurs dollars. Le matériel militaire doit trouver une seconde vie. Pour les jeeps ce sera le monde agricole avec les CJ, Civilian Jeep, dont la première, la CJ2 est quasi identique à la jeep MB.

Pour soutenir la relance économique, des usines d’assemblage de jeeps voient le jour dans différents pays d’Europe. Fort de la bonne collaboration d’avant le conflit, Gustave Wilford, le fils de Paul et homonyme de son oncle, crée en 1947 les « Etablissements Wilford SA » avec comme objectif d’importer et d’assembler des modèles de la marque Willys, mais il manque un atelier.

La SABCA possède des locaux de 10.000m², Chaussée de Haecht à Bruxelles. Ces bâtiments ont été utilisés par les allemands pendant la guerre pour des travaux de maintenance sur leurs avions. Ils sont réquisitionnés après-guerre par les Anglais, mais la SABCA les récupère en 1946.

La SABCA doit se reconstruire et se refaire une santé financière. Les ateliers sont réparés et loués afin d’assurer des rentrées faciles, et c’est ainsi que les Etablissements Wilford s’y installent.

Les ateliers de la Chaussée de Haecht, avec en arrière-plan des carrosserie de Station Wagon, l’ancêtre des SUV.
Autre photo de la ligne d’assemblage avec 3 ouvriers travaillant sur une jeep Universal (une CJ2A ou 3A).

Nonante ouvriers s’attèlent au montage des Stations Wagons, des jeeps « Universal » et autres jeepster. Fin des années 40, quelques 4000 véhicules sont sortis des usines, dont 3000 ont été montés sur place. Parmi ceux-ci, on compte 2000 jeeps “Universal”, principalement utilisées par le monde agricole : il s’agit de CJ2A, CJ3A et CJ3B.

Toutes sortes d’outils agricole peuvent être montés sur la jeep.
La jeep trayeuse…

Wilford construit encore des jeeps, et certainement des CJ3B, jusqu’en 1953, puis la production semble s’arrêter.

Les pubs Willys visent essentiellement le monde agricole.
Pub pour la CJ3B, dont le capot surélevé permet l’utilisation du nouveau moteur Hurricane remplaçant le fameux et historique Go-Devil des Willys depuis la guerre.
Une jeep CJ3A Wilford en vente il y a quelques temps sur Internet.
Plaque d’une CJ2A Wilford de 1948.
Plaque d’une CJ3A Wilford de 1950.
Plaque d’une CJ3A Wilford de 1952. La même année, les Ateliers de la Dyle commence la production des CJ3A militaires.
Plaque d’une CJ3B Wilford de 1953.

En effet, en 1952, les « Ateliers de la Dyle » obtiennent un contrat pour construire des Willys CJ3A militarisée, et récupèrent l’exclusivité de la commercialisation des jeeps. A côté des jeeps vendues à l’armée, d’autres modèles comme des CJ3B seront produits.

Les Etablissements Wilford obtiennent ensuite un contrat d’exclusivité pour importer la marque Lancia en 1954, mais la collaboration s’achève en 1956. Je ne trouve plus de traces ultérieures d’une autre activité des Etablissements Wilford.

Publicité pour Lancia et pour la Willys Aero. Le siège social des Etablissements Wilford est maintenant Avenue de la Couronne.

Voilà donc pour ce petit résumé historique. Si vous possédez une jeep civile (CJ2A, 3A ou 3B) et qu’elle porte le nom des Ets Wilford sur sa plaque d’identification, vous possédez un véhicule 100% belge (ou presque 😉).

Sur ce,

A+

Sources:

historique de la SABCA
Wilford sur Historicar
Les souvenirs familiaux

Big One

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