Les CJ3A de la Force Publique

Le site CJ3B.info est une mine d’or, et pas seulement concernant les CJ3B. En effet, il regorge de nombreuses photos de jeeps allant de la Willys MB à la CJ5.

C’est en consultant les pages sur les jeeps au Congo que je suis tombé sur les jeeps de la Force Publique après-guerre. La première chose que l’on constate, c’est que la Force Publique fut équipé d’un matériel assez disparate. En effet, le parc de véhicules, composés de MB directement après-guerre, a évolué pour intégrer tout d’abord des CJ2, des CJ3A, des CJ3B, et des CJ5-CJ6. C’est assez remarquable, parce que l’Armée Belge s’est équipée quant à elle uniquement des CJ3A (construites en Belgique) et des Minerva (licence Land Rover, également construites en Belgique de 1952 à 1956).

Autre grosse différence concernant les jeeps, alors que les CJ3A construites en Belgique étaient militarisées d’usine par rapport à la version civile (jerrican et pneu de rechange sur le panneau arrière, modification de la capote, ajout de poignées sur la caisse, ajout d’un phare blackout, parechocs), les jeeps CJ de la Force Publique sont des jeeps civiles peintes en kaki et sur lesquelles quelques rajouts de terrain sont faits et généralisés. Je n’ai pas encore pu déterminer la provenance de ces jeeps: import des USA, ou alors jeeps montées en Belgique?

La plupart des photos que l’on trouve concernent des CJ3B et des CJ5. Leur couleur est kaki, et les flancs des pneus sont souvent en blanc. Toutefois, il existe quelques photos montrant des CJ3A, et il semble que l’équipement soit assez semblable. Je vous propose donc de détailler tous les marquages et les détails de ces jeeps CJ3A de la Force Publique, en extrapolant un peu sur les photos des CJ3B et des CJ5. Manque de rigueur historico-jeepique me direz-vous ? Je ne pense pas et je me base pour ce faire sur la photo suivante montrant côte à côte une CJ3A et une CJ3B (1er escadron de reconnaissance au Katanga, fin des années 50. photo JP Sonck) :

Il existe en outre une autre photo de la CJ3B de droite, en vue latérale et qui dévoile d’autres détails intéressants.

Sur base des photos, je vais mettre en évidence les éléments remarquables afin que nous puissions reconstruire virtuellement une CJ3A de la force publique.

Commençons par un zoom sur le parechocs qui nous montre 4 éléments:

1. La plaque d’immatriculation traditionnelle des véhicules de l’Armée Belge. Elle est ici composée de 4 chiffres noir sur un fond blanc, avec le drapeau tricolore à gauche. La plaque de la CJ3B à droite est plus lisible (1322), mais en analysant bien la photo, je pencherai pour l’immatriculation 1334. La plaque est fixée légèrement an hauteur par rapport au parechocs. Concernant l’écriture, voici quelques exemples de plaques :

2. Au milieu du parechocs, on distingue un nombre de 2 chiffres. Il s’agit probablement d’un numéro d’identification du véhicule. En effet la jeep de gauche est la #13 et celle de droite la #12. Ce chiffre est blanc sur le parechocs kaki. Ce nombre 12 apparait également sur le flanc de la jeep, en-dessous de l’insigne de la Force Publique. Nous y reviendrons.

3. Juste derrière la plaque d’immatriculation, en bas à gauche sur la calandre, on trouve encore un nombre de 2 chiffres. Il correspond au millésime de la Jeep. La CJ3B date de 1954, la CJ3A date de 1951. Voici sur un autre exemple plus net d’une CJ3B de 1954. A noter également que sur cette photo, les cerclages de phares sont chromés, confortant mon idée de jeeps 100% civiles intégrées à l’armée.

Ce nombre apparait également à l’arrière de la jeep, comme on le voit sur cette photo :

4. Enfin, à droite du parechocs, un rond jaune dans lequel est inscrit le nombre 16. J’ai trouvé sur d’autres jeeps le même rond jaune, mais avec des indications différentes :

Et ici on est tenté de faire le lien avec les « Bridge Plate » des jeeps Willys durant la seconde guerre mondiale.

Pour rappel, on trouve sur les calandres de certaines jeeps l’inscription 2, 2/2 ou 3/2, toujours en noir, sur fond jaune.

Sur les jeeps de la guerre, c’est une indication de poids pour le passage des ponts et elle devait permettre aux gardes de réguler le franchissement. Par exemple, si le pont a un code 20, 10 véhicules au code 2 peuvent passer le pont simultanément. Le 2/3 fait une distinction entre le poids de la jeep avec ou sans remorque. Enfin, certaines sources prétendent que le 2 pourrait correspondre à un poids de 2000 livres, mais cela me dérange parce que 2000 livres, c’est un peu plus de 900kg, or une jeep (à vide) pèse 1040kg… Mais bon, on arrondit souvent en disant 2 livres = 1kg, donc cela pourrait être juste quand même.

Mais alors quelle pourrait être la signification de ces plaques sur les jeeps de la Force Publique ?

J’identifie les inscriptions suivantes :

Jeep CJ5 ou CJ6 : 3/1 ou 15/05. Si je reprends ma logique de poids, cela pourrait convenir : 3 donne 3000 livres qui est +/- égale à 1500 kg, représenté par le 5. Le 1 (ou le 05) représente le poids en milliers de livre de la remorque, si il y en a une. Ce poids doit être rajouté au 3, à la différence du marquage US. Les jeeps CJ5 et 6 sont plus lourdes que les CJ3. Toutefois, à vide elle pèse autour des 1300kg. Avec approximation vers le haut, cela peut faire l’affaire.

Jeep CJ3A et CJ3B : 2, 2/1 ou 16. A nouveau ici, je pense que le 2 et 2/1 sont des masses en millier de livres. Pour le 16, ce pourrait-il qu’on parle de la masse en centaines de kg de la jeep chargées et équipées ? La question reste ouverte.

Continuons l’analyse avec un point commun à toutes ces jeeps de la Force Publique, elles sont équipées d’une grille de protection du radiateur, communément appelée « chaff screen », « grill protector » ou encore « brusch guard » et qui est une option courante des jeeps civiles.

Les pare-brise des jeeps sont souvent absents. Le paquetage des troupes est alors attaché sur le tablier du capot et est composé de 3 sacs de couleur beige attachés par une corde ou une sangle aux fixations du pare-brise.

Sur le flanc de la jeep, on trouve à gauche et à droite, à hauteur des passagers avant, l’insigne des forces publiques, ainsi que le numéro d’identification de la jeep :

Je n’ai pas d’idées pour les couleurs, mais partant du rond jaune du parechocs, il se pourrait que ce blason soit noir jaune rouge tout simplement.

Autre détail sur le côté, le nombre 28 écrit en petit au-dessus du pneu arrière, ce qui est une indication de pression de gonflage des pneus. La roue de secours est placée sur le côté droit.

Passons à l’arrière de la jeep. On constate la présence de 2 supports de jerrican, mais bien différents des supports US ou des jeeps militaires. Le support est une structure de latte métallique soudées ensemble. Sur la photo suivante, un casque trouve sa place dans le support de gauche. Les jeeps civiles possèdent un haillon arrière. Les 2 supports sont fixés sur ce dernier. Entre les 2 supports, on distingue un rond blanc sur lequel on peut lire 60, et donc je suppose qu’il s’agit d’une limitation de vitesse.

Sur la photo suivante en couleur, le rond est bien visible entre les 2 supports de jerrican vides.

En parlant des jerricans, certains sont utilisés comme réserve d’eau, comme on peut le lire sur la photo suivante.

Et sur cette photo, le jerrican de droite possède une croix blanche, ce qui pourrait aussi sous-entendre qu’il contient de l’eau.

Enfin, je terminerai avec l’installation de postes radio. Celle-ci se fait sur le marchepied avant droit, dans un support spécial.

Le poste radio est un poste PRC10.

Voilà pour cette analyse assez complète je l’espère de ces jeeps.

A+

Big One

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