1953, Ateliers de la Dyle

Une des zones d’ombre que je tâche d’éclaircir est la raison pour laquelle les Ets Wilford ont perdu leur exclusivité de vente des véhicules Willys-Overland au profit des Ateliers de la Dyle.

Analysons les faits :

Wilford commercialise Willys jusqu’en 1953. Ces véhicules, des jeeps universelles CJ2A, 3A et 3B, des Station Wagon, des camions à 4 roues motrices, sont importés des States et montés dans les usines Wilford chaussée de Haecht. Concernant les jeeps CJ3A, l’analyse de leur numéro de série sous-entend que ce sont des modèles des années 1949 ou 1950 commercialisés et montés ultérieurement. Ainsi, ma jeep de 1953 possède un numéro de série d’une jeep de fin 1949. A partir de 1951, le numéro de série commence par 451 GB1 (1952 : 452 GB1 ; 1953 :453 GB1). Je n’ai encore jamais été confronté à une CJ3A Wilford avec ce préfixe.

En 1952, l’Armée Belge signe un contrat pour des jeeps CJ3A qu’elle veut militariser. Ces jeeps ne semblent pas passer par les Ets Wilford et sont importées en direct des Etats-Unis soit par l’Armée, soit par les Ateliers de la Dyle. Ce sont eux qui se chargent d’apporter les modifications pour l’armée. Ici, les jeeps possèdent un numéro de série datant de 1952, précédé donc du préfixe 452 GB1. Ces jeeps reçoivent un numéro de série propre à leur passage par les Ateliers de la Dyle, précédé d’un préfixe AD et situé sur l’intérieur du châssis avant gauche. D’ailleurs si vous possédez une jeep CJ3A ABL, je cherche toujours à compléter ma base de données de numéro de série. Si chaque jeep CJ3A passant par les Ateliers reçoit un numéro propre, il est possible d’estimer le nombre de CJ3A utilisée par l’Armée Belge. Le préfixe le plus grand auquel j’ai été confronté est le AD1190, ce qui voudrait donc dire que plus de 1000 jeeps CJ3A ABL ont été employées par l’armée.

Courant 1953, les Ateliers de la Dyle récupère l’exclusivité de la vente des véhicules Willys-Overland, au détriment de Wilford. qui commercialisera la marque italienne Lancia.

La passation commerciale se fait donc en 1953, et il semble que les Ateliers de la Dyle ont, en plus de l’exclusivité de vente, récupéré certains véhicules Willys-Overland des Ets Wilford. Qu’est-ce qui me permet d’avancer cela ? La jeep de Harold, un hollandais avec qui j’ai pris contact après qu’il ait demandé des infos sur sa jeep via Facebook.

En effet, cette jeep des Ateliers de la Dyle a comme numéro de série 17884, ce qui en fait une jeep de 1949, malgré son année officielle de 1953. C’est une jeep purement civile qui a appartenu à son père.

Comment est-ce que les Ateliers de la Dyle ont pu vendre une jeep de 1949 alors qu’ils obtiennent l’exclusivité de vente de Willys en 1953 ?? En récupérant le stock des véhicules des Ets Wilford plus que probablement.

En voici quelques photos d’époque :

Photo en noir et blanc de la CJ3A 100% civile du papa de Harold.
La jeep équipée de sa capote. Il ne s’agit pas du arceau en V des capotes militaires installées sur les CJ3A ABL. Par contre, le pneu est fixé sur la hayon arrière, ce qui était fréquent sur les CJ vendue en Belgique. Il semblerait même que le montage latéral du pneu n’était pas autorisé, mais c’est à confirmer.
Petit soucis avec le moteur??
Sur cette photo couleur, il est possible de distinguer la couleur originale de la jeep. Il s’agit d’un vert assez foncé qui pourrait être le Shasta Green, ou le Sportmans Green Poly (source Kaiserwillys.com)

Et voici cette jeep aujourd’hui.

La jeep a été fortement modifiée. Outre sa peinture rouge, son châssis avant a été coupé pour fixer un treuil assez volumineux. Les ailes, surmontées de gros clignotants, semblent avoir gardé leur couleur originale.
Le Go Devil mériterait un léger petit overhaul… La couleur originale de la jeep est visible sur la caisse et en-dessous du capot. Il s’agit d’un vert bouteille assez foncé.
L’arrière de la caisse a été complètement modifié. La ridelle n’est plus fonctionnelle et fait désormais partie des pièces entassées dans la jeep. Notez les pneus military OTAN, reconnaissable à leur stries longitudinales. .
2 assises de siège « non-standard » afin d’améliorer le confort toujours délicat des jeeps.

La photo de la plaque d’identification de la jeep est assez intéressante. Tout d’abord, comme précisé plus haut, le numéro de série provient d’une jeep de 1949 mais la jeep date officiellement de 1953. Mais en plus elle est identique aux plaques des jeeps des Ets Wilford, mis à part évidemment le nom de l’importateur.

Import S.A. Ateliers de la Dyle. Louvain, la plaque de la CJ3A de Harold.
Import Ets Wilford S.A. Bruxelles, la plaque de ma CJ3A de 1953

Mais ce qui est le plus remarquable, c’est qu’en analysant les lettres poinçonnées, on constate que la lettre J dans « CJ3A » possède le même défaut!

Les 2 J possèdent une petite barre, laissant penser qu’ils ont été frappé à partir d’un T et d’une autre lettre ou d’un autre chiffre (base du 3 par exemple).

En fait, les 2 J ont été frappé sur base de la lettre T et d’un autre caractère.

En rouge, un T et un 3 superposé. Afin de ne pas frapper le sommet du 3, il suffit d’incliner le poinçon lors de la frappe. On constate ici que la partie gauche de la boucle du J est plus marquée que la partie droite qui s’accroche au T.

2 hypothèses donc:

1. les jeux de poinçons utilisés par les Ets Wilford et les Ateliers de la Dyle sont identiques et ne possèdent pas la lettre J par défaut.

2. Ces 2 plaques ont été frappées avec le même jeu de poinçon, dans lequel la lettre J était manquante. Ce serait quand même une coïncidence incroyable, et cela voudrait dire aussi que les Ateliers de la Dyle ont récupéré jusqu’aux poinçons des Ets Wilford!!!

Voici donc encore une hypothèse invérifiable mais plausible qui éclaire petit à petit l’historique des jeeps belges et qui fera peut-être un peu avancer le Schmilblick !!!

Sur ce,

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Big One

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